Le Valais doit mieux aider les locataires

Le Valaisan est attaché à sa terre. Il aime ses vignes, son mayen. Il a voté massivement non à Weber et à la LAT.« En Valais on n’est pas loin d’être tous propriétaires, c’est notre bas de laine, notre retraite », assénaient les opposants à la loi sur l’aménagement du territoire. Pourtant, derrière ce discours identitaire, il y a les chiffres. Et le dernier recensement fédéral nous en donne un qui est intéressant. Si en 2000, 61% des valaisannes et des valaisans étaient propriétaires de leur logement, en 2020, ce chiffre tombe à 54%. Bien sûr, il est supérieur à la moyenne suisse (36%) mais il diminue, alors que sur le plan suisse, ce taux augmente depuis 1970. En s’intéressant aux communes valaisannes, on constate évidemment de grandes disparités. À St-Martin, plus de 90% des logements sont occupés par leur propriétaire, alors que dans les villes valaisannes, ce taux est similaire à la moyenne suisse. À Sion donc, deux tiers des habitants sont des locataires. Des locataires qui payent le prix fort quand on sait que la location d’un 4.5 pièces se situe aujourd’hui aux alentours de 2000 francs par mois.

Instruments pour une politique du logement : état des lieux en Valais

Les instruments fiscaux et financiers pour favoriser l’accession à la propriété sont nombreux. L’utilisation du deuxième pilier et l’amortissement par le troisième en font partie. De plus, en Valais, la valeur locative très basse permet également de substantielles baisses d’impôts pour les propriétaires. Mais qu’en est-il des politiques visant à soutenir les locataires, les 2/3 des Sédunois ? Autrement dit, les pouvoirs publics (communes et canton) s’immiscent-ils dans le marché de la location, afin de permettre l’existence de logements à prix modéré ?

En ce qui concerne les villes du Valais romand, seule Monthey a mené une réflexion sur le logement, mais sans proposer de mesures concrètes. Quant au canton du Valais, il subventionne aujourd’hui deux mille appartements par le biais d’une mesure fédérale. Cette aide, limitée dans le temps, prendra fin dans un peu plus de dix ans. Pour la suite, le canton changera de politique et ne soutiendra plus que certaines communes de montagne. Plus précisément, il proposera uniquement des aides à la rénovation ou à l’achat d’une résidence principale à hauteur de 10% des frais d’investissements pour un montant maximal de 50’000 francs. On passera donc d’une aide dirigée vers les locataires, à une seule aide à la construction (donc pour les propriétaires), de plus, uniquement dans les régions de montagne.

En ce qui concerne l’offre de coopératives de logement, elle demeure aujourd’hui très confidentielle en Valais (624 logements), soit 0.5% du parc immobilier. Par comparaison, le canton de Zurich en possède plus de 7% et la ville de Zürich vise un quart de logements coopératifs. Ce rapide panorama de la politique du logement permet trois conclusions provisoires :

  • La politique d’accession à la propriété prônée par l’État du Valais semble avoir atteint ses limites, car le taux de propriétaires de son logement a diminué de cinq pour cent ces dix dernières années.
  • En privilégiant l’aide à la construction dans les régions de montagne, les décideurs politiques cantonaux ne prennent pas en compte la problématique de la cherté des locations dans les villes valaisannes et dans les grandes stations touristiques. Il démontre une fois de plus leur aveuglement face aux problématiques urbaines (problématique d’agglomération, mobilité, péréquation financière et poids du centre urbain).
  • Les coopératives de logements sont très faiblement développées en Valais. Il est tout à fait souhaitable que les communes et le canton stimulent la création de logements de ce type, meilleur marché de 15 à 20%, car non soumis au rendement demandé par les investisseurs.

Une politique du logement pour les locataires

En Valais, la situation de locataire est souvent appréhendée comme une étape de vie, qui doit déboucher sur une finalité : être propriétaire, « construire ». Il découle de ces représentations, par ailleurs fortement ancrées chez les décideurs politiques, des mesures favorables aux personnes pouvant se permettre d’acheter un logement. Mais force est de constater qu’un nombre croissant de personnes ne peuvent et ne pourront jamais y accéder, pour des raisons économiques ou par le fait que les surfaces constructibles seront réduites. À l’heure où des réflexions importantes doivent être menées sur un développement des « lits chauds » pour le tourisme, le canton du Valais et les villes valaisannes se doivent également de prendre en considération la situation des locataires permanents du canton. Mais aujourd’hui, bien trop peu de ressources financières et humaines sont affectées au développement du logement d’utilité publique en Valais. Ce n’est pas le cas d’autres cantons/villes, qui mettent en œuvre une politique visant à l’existence de loyer modéré. Le canton du Valais et les villes valaisannes feraient bien de s’en inspirer, afin de défendre en faveur de toutes et tous, une politique du logement qui dépasse la seule ambition de l’accession à la propriété.

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