Sécurisation du Rhône, le mauvais choix du Conseil d’Etat valaisan

Dans la nuit du 29 au 30 juin 2024, de fortes précipitations associées à la fonte d’importantes masses de neige en altitude provoquent des crues dévastatrices en Valais. Dans la vallée de Saas, une lave torrentielle fait une victime et une personne disparue. Dans la vallée du Rhône, le fleuve sort de son lit entre Sierre et Chippis. Ce dernier évènement provoque l’inondation de nombreuses infrastructures : des habitations, des usines d’aluminium et des PME, ainsi que des infrastructures communales. A ce jour, les usines ont repris leur activité grâce au tour de force des ouvrier.ère.s, alors qu’une centaine de personnes n’ont toujours pas regagné leur logement. Elles ne pourront probablement jamais y retourner, tant les habitations ont été endommagées. Si le risque zéro dans le champ des dangers naturels est illusoire, l’inondation dans la région de Sierre semblait évitable, tant le danger était connu. En particulier, celui du pont ferroviaire trop bas, qui provoqua un embâcle de bois. En 2008 déjà, le Parlement valaisan votait un crédit de 78 millions de francs, afin de sécuriser ce secteur. Pourquoi rien n’a été entrepris depuis cette décision ? Une commission d’enquête parlementaire devrait faire la lumière sur seize ans d’inaction sur ce tronçon. Car il est impératif d’apporter des réponses transparentes aux habitant.e.s et aux entreprises de Sierre, qui ont beaucoup perdu.

Un mois avant les inondations, nous apprenions la décision du Conseil d’Etat de réviser le plan d’aménagement de la 3e correction du Rhône (PA-R3)[1], pour le dire simplement, le futur tracé du Rhône. Cette décision surprenante fait suite à une analyse du bureau E-AS SA voulue par le Conseiller d’Etat Franz Ruppen. Selon son communiqué de novembre 2022, cette analyse était censée proposer des adaptations « en tenant compte de la marge de manœuvre accordée par le PA-R3 »[2]. Cependant, au lieu de simples ajustements, le Conseil d’Etat décide en mai 2024 d’une révision complète du projet, avec comme ambition de revoir à la baisse les objectifs sécuritaires et environnementaux considérés comme disproportionnés. A l’exception notable du tronçon partagé avec le canton de Vaud qui ne sera pas revu. Pourquoi ce traitement particulier pour le Chablais ? La question demeure ouverte. Mais elle met en évidence la dimension politique de cette révision, soulevant des préoccupations quant à un degré de sécurisation du fleuve à géométrie variable.

Selon les informations obtenues par l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), qui considère toujours le PA-R3 comme équilibré, la révision du projet pourrait avoir des conséquences financières et temporelles considérables. D’une part par la réduction voire la suppression des subventions fédérales. C’est en réalité déjà le cas. La Confédération – qui peut financer jusqu’à 65 % des travaux – a suspendu ses subventions pour un montant de plusieurs dizaines de millions de francs depuis le lancement de l’analyse et dans l’attente de clarification des intentions du Canton du Valais. Car le milliard accepté par les chambres fédérales en 2019 est directement lié au PA-R3. D’autre part, une révision demanderait probablement de recommencer un processus parlementaire fédéral qui peut prendre plusieurs années, tout en respectant des bases légales fédérales plus strictes dans un contexte de finances fédérales moins bonnes. Il en ressort que les incertitudes provoquées par la décision de révision mettent en péril une réalisation rapide du projet. Car la sécurisation de la vallée du Rhône ne pourra pas se réaliser sans le soutien financier de la Confédération.

Le faible avancement dans la sécurisation de la vallée du Rhône interroge la capacité du Canton du Valais à mener à bien ses grands projets. Un autre chantier fait souvent parler de lui : l’autoroute A9. Au parallélisme géographique du Rhône et de l’autoroute, s’ajoutent des difficultés similaires dans la gestion de projet, que ce soit par des décisions politiques hésitantes ou un manque de coordination entre les différents services cantonaux. Dans ce contexte, le mandat d’analyse attribué au bureau E-AS SA, spécialisé dans la gestion de projets et pas dans les dangers naturels, aurait dû se centrer sur les faiblesses de la gouvernance et de l’organisation du projet. Malheureusement, le Gouvernement valaisan a préféré s’appuyer sur cette analyse pour justifier son dessein politique, au lieu d’affronter les blocages qui ont entravé sa réalisation. Par sa décision de réviser le projet de sécurisation du Rhône, le Conseil d’Etat valaisan a fait un mauvais choix. Un choix qui soulève de très vives critiques chez les experts suisses en aménagement de cours d’eau et en dangers naturels. Un choix qui ne peut que retarder la sécurisation des habitant×e×s de la vallée du Rhône et qui présente de forts risques sur la garantie du financement fédéral.

Florian Chappot, député au Grand conseil valaisan


[1] Le plan d’aménagement de la 3e correction du Rhône est une vue d’ensemble du projet. Il fixe les objectifs et le cadre budgétaire, par tronçon mais aussi de manière globale. Il définit notamment les secteurs dans lesquels le Rhône devra être creusé et/ou élargi. 

[2] Communiqué de presse du 11 novembre 2022 de la chancellerie du Canton du Valais

Commentaires (2)

  • Le Conseil d’Etat a décidé de réviser la 3ème correction du Rhône.
    La décision a t’elle été prise à l’unanimité?
    J’ose espérer que tous les conseillers d’état ne se sont pas aligné sur le seul conseiller UDC.

  • Pitteloud Jean-Louis

    Le projet pharaonique d’Arborino soulève aussi de très vives critiques pour ce projet beaucoup plus cher et combien plus long à réaliser…!!!

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